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20 février 2011

Du cinéma d'exploitation...

... il n'a jamais été question dans ces pages. S'il fut et demeure un exutoire comme, en son temps, le Grand Guignol, il est plus encore: un réceptacle d'images et d'idées formelles. Non qu'il s'agisse de le plagier ! Il faut imaginer la partie visuelle de notre opéra, autant celle rêvée que celle achevée, comme l'hypothétique rencontre entre un certain cinéma anxiogène des années 1960-70 et les partis pris du cinéma expérimental.
En le transposant à la littérature, cette interprétation conviendrait sans doute au roman de Mirbeau, entre formalisation aux larges coutures, voyeurisme et schématisation fantomatique des personnages. A mi-chemin entre film policier, érotique et fantastique, le Giallo a ses inconditionnels. L'esthétisation des images et l'outrance assumée du montage produisent fantasmes et ambiguïté. Voici un petit aperçu * réservé à un public averti. Cette leçon est salutaire pour celui qui fabrique des images.

* Ce film de Lucio Fulci réalisé en 1971 est connu sous trois titres différents: Una lucertola con la pelle di donna, Carole ou le venin de la peur.

18 juin 2010

EXTRAIT DE L'ACTE III : le thalictre

A
Livret: Kinda MUBAIDEEN
Musique: Détlef KIEFFER
Clara (Soprano): Marie-Madeleine KOEBELE
Récitant (narrateur): Détlef KIEFFER
Réalisation musicale: Max GRUNDRICH
Vidéo / animations: Erik VIADDEFF

9 juin 2010

Le ralenti, métaphore érotique et morbide

Dans un de ses ouvrages, Michel Chion* souligne que le ralenti détaille la pesanteur, en fait durer les retombées, tout en soulignant la grâce du mouvement. Cette phrase peut être aisément associée avec les corps tombants de Peckinpah. Ce dernier est ordinairement considéré, et de façon restrictive, comme le cinéaste de la violence. La mort est lente, entre la déflagration de la balle, suivie immédiatement de l'impact, et l'affaissement de la carcasse, en cet état gracieux et paradoxal qui induit une chute sans arrière pensée: la Mort agite elle-même ses pantins. Cet effet utilisé jusqu'à saturation métaphorise la fragilité de l'être humain, saisi dans ses errances et ses troubles, sans aucune prise sur sa destinée.
Michel Chion* rappelle également que le ralenti est le parangon du cinéma érotique. Il exalte un temps statique parsemé d'actes répétitifs ritualisés.
Dans notre opéra le Jardin des supplices, il s'agit d'exprimer des récurrences obsessionnelles plutôt que des gestes réitérés.
L'action décomposée illustre davantage l'échec d'un aboutissement, la tyrannie d'une insatiable morbidité. L'accomplissement, au sens klimtien du terme, semble impossible... Kinda Mubaideen soulignait très bien le caractère exclusif et par là même admirable de Clara: elle va jusqu'au bout, au mépris de toute contingence morale...
Je suis l'ombre d'une ombre qui s'est enlisée**, écrivait Michaux...


* Michel CHION, la Musique au cinéma, Fayard, 1995
** Henri MICHAUX, La Ralentie, Dans Lointains intérieurs suivi de Plume, Gallimard, 1938

29 mai 2010

Retour sur le thalictre

Alors que le vrai thalictrum portait en lui les germes d'une déception visuelle (que l'art seul du romancier botaniste avait su magnifier), il fallait jouer de métaphores et d'allusions suffisamment explicites sans être vulgaires.... La plante originelle qui, selon l'auteur et Clara, sent l'amour n'apparait pas à l'écran. La vitesse de défilement aide grandement le vidéaste. L'image et sa trop grande richesse montre autant qu'elle camoufle. Voit celui qui veut voir.... Si une fleur avait été nécessaire, l'arum géant *, amplifié et monstrueux, aurait été le plus adéquat.

* A découvrir également ICI et.

25 mars 2010

Le tourmenteur...

... et les tourments de l'animation en 3D....

20 mars 2010

Un néoclassicisme dévoyé 2/2

Lebensztejn distingue ainsi l’art de David et celui de Goya : l’espagnol met à nu une monstruosité essentielle de l’imagination combinatoire (traduite dans les Disparates), tandis que le vieux David lui donne les dehors du théâtre de boulevard.

Quelle est au fond la plus effrayante et la plus insidieuse sinon celle qui se donne des poses et un air badin ? Ne peut-on pas, dans le Jardin des Supplices, partie éponyme du livre de Mirbeau, parvenir au même constat de dévoiement, à travers la coexistence de scènes familières qui sont le support du meurtre ou de l’idéal végétal qui sert d’écrin au démembrement et à la torture ?

Le tourmenteur constitue à lui seul une curieuse figure à l’identité ambiguë, eunuque par procuration dont l’ambition suprême, ou le caprice fanfaron du moment, est d’inverser l’identité sexuelle par la torture. L’exilé David accomplit, avec son Mars et Vénus* la dévirilisation du guerrier : ses parties sexuelles sont dissimulées par une colombe blanche qui en bécote une autre familièrement installée sur sa cuisse, sa lance est encore dressée mais fléchit, et Cupidon, avec un rictus effrayant commence à lui retirer sa sandale… L’œuvre fourmille de symboles sexuels.

Mirbeau ne fait pas autrement avec son narrateur, peu à peu dépossédé de son statut dominateur, de la préséance de mâle. La description du personnage, et sa traduction mordante par la librettiste Kinda Mubaideen**, confine à l’absurde: incantatoire et impertinent, tour à tour acerbe et louvoyant, le bourreau livre un manifeste de la beauté née des greffes, de l’hybride, en un mélange détonant d’onirisme, de réalisme et de comique. Son intervention tient à la fois du rituel amoureux et guerrier.


* Mars désarmé par Vénus et les grâces, 1824, Musées royaux des Beaux arts de Bruxelles

** à lire ou à relire ici et .

Les citations en italiques sont empruntées à l’essai de Jean-Claude Lebenszejn déjà cité, et plus particulièrement à l’article Histoires Belges in De l’imitation dans les beaux-arts, Editions Carré, 1996, p. 33 à 48

14 mars 2010

Un néoclassicisme dévoyé 1/2

Jean-Claude Lebensztejn évoque dans un essai audacieux* les dernières années de David, grand peintre néoclassique exilé à Bruxelles. Les critiques d’hier et d’aujourd’hui sont acerbes : les contemporains constatent à propos de ces œuvre ultimes, qualifiées de sinistres mythologies bruxelloises, les couleurs émaillées, dures et désagréables, les conventions, le maniérisme. Il est question d’un idéal perverti, d’un beau de réunion que fustigeait Füssli, et que nous avons déjà évoqué ICI.
Le tourmenteur est à sa manière un néoclassique, amateur de vrai et de beauté, ce qui conduit paradoxalement à cette esthétique de l’hybride et de l’assemblage : cet idéal qui procède empiriquement, par la sélection des plus belles parties de la nature et leur combinaison en un tout exquis, cet idéal, donc, est censé effacer les sutures. Dans les tableaux du peintre exilé, et c’est J.C Lebensztejn qui l’affirme, l’idéal n’est plus une fin en soi mais un élément de la combinatoire, associé à des caractères réalistes qui fléchissent l’intention de vérité, la gauchisse, la pervertisse… Le tourmenteur serait une incarnation décadente du sculpteur néoclassique, par exemple un Canova assumant les outrages, ou l’héritier prodigue et pervers du peintre Zeuxis, mythe fondateur de ce beau de réunion.


*Jean-Claude Lebenszejn, De l’imitation dans les Beaux-arts, Editions Carré, 1996


10 mars 2010

ANALOGIE 1/

Autant que des oppositions, le Jardin des supplices est également un espace d'analogies, organiques pour l'essentiel.

24 février 2010

ACTE II, second extrait


Livret: Kinda MUBAIDEEN
Musique: Détlef KIEFFER
Clara (Soprano): Marie-Madeleine KOEBELE
Récitant (narrateur): Détlef KIEFFER
Réalisation musicale: Max GRUNDRICH
Vidéo / animations: Erik VIADDEFF

16 janvier 2010

ACTE II, premier extrait


Livret: Kinda MUBAIDEEN
Musique: Détlef KIEFFER
Clara (Soprano): Marie-Madeleine KOEBELE
Récitant (narrateur): Détlef KIEFFER
Réalisation musicale: Max GRUNDRICH
Vidéo / animations: Erik VIADDEFF

3 janvier 2010

La géographie du corps

Cette page nous a déjà permis d’évoquer maintes influences visuelles. Alors que Détlef Kieffer met la dernière main à la bande musicale de l’acte IIII d’après le livret ironique et poétique de Kinda Mubaideen, il convient de revenir aux sources, aux références, à ce que l’on ne peut oblitérer quand il est question du corps représenté.
J’ai déjà fait état ici des apports américains* qui, dans ce domaine, parsèment l’image animée. Geography of the body (1943) de Willard Maas fédère les concepts surréalistes majeurs, l’Informe et l’analogie. Tout y est : la sexualité, la fragmentation, la volonté anti-idéaliste. Le commentaire de George Barker explicite le titre. Cette voix off est partie intégrante du film.
Le morcellement*** devient en même temps l’évocation d’une perception épidermique, une topographie mystérieuse et la métaphore d’une violence « déformante » faite au corps.

* Voir aussi les articles consacrés à Marie Menken, Carolee Schneeman, et Maya Deren.
** Les articles concernant l’informe peuvent être lus ici : 1, 2, 3, 4, 5, 6.
*** à lire ou à relire, l'Invitation au supplice par Nabokov (1 et 2)

29 décembre 2009

Seconde amie...


J’ai trois amies
La seconde est givre et soie,
Corps de liane, serpent d’or
Ses seins rebondis
M’emplissent de grisants parfums
J’ai trois amies…

(Extrait du livret de Kinda Mubaideen)

22 décembre 2009

J'ai trois amies, séquence 3


J’ai trois amies
La troisième grogne et gronde
Corps de porc et ventre poisson
Mais c’est elle que j’aime,
Dans le mystère de sa pourriture
Chaleur de vie,
Éternelle métamorphose,
J’ai trois amies…

(Extrait du livret de Kinda Mubaideen)


16 décembre 2009

10 décembre 2009

Les formes artistiques de la nature 2/2

La nature révèle ses bizarreries et ses caprices et plus encore ses étranges analogies. Ce répertoire inépuisable constitue le corollaire moderne, positiviste des cabinets de curiosité. Il repose sur le postulat suivant : la nature, affirme Haeckel, produit dans son giron une masse inépuisable de formes merveilleuses qui dépassent, par leur beauté et leur variété, tout ce que l’homme peut créer comme formes artistiques*.
Si la publication de cet ouvrage est contemporaine, voire même postérieure à celle du Jardin des supplices, nul doute que Mirbeau, curieux de tout et des plantes en particulier, ait pu s’y intéresser. Mirbeau aura eu également connaissance de l’autre référence du savant, l’Histoire de la création des êtres organisés d’après les lois naturelles (1868).
Le livre n’aborde pas seulement le règne végétal. Le naturaliste se passionne pour les organismes marins inférieurs, parmi lesquels les radiolaires, les éponges calcaires et les méduses**.
On est frappé à quel point certaines formes se réitèrent, s’affirment à travers des organismes issus de mondes distincts. Les planches lithographiques, plus particulièrement les nombreuses feuilles aux lignes blanches sur fond noir, renforcent cette récurrence. C’est le but: ramener l’infinie variété formelle des plantes et des animaux à quelques classes de formes élémentaires***. (EV)

* Cité par Erika Krause, l’Influence de Ernst Haeckel sur l’Art nouveau in l’Âme au corps, Arts et sciences, 1793-1993, catalogue d’exposition, RMN/Gallimard /Electra, 1993, pp.342-351
** Evoquées dans les articles 1, 2, 3, 4.
*** J’emprunte cette phrase à l’article d’Erika Krause.

5 décembre 2009

Les formes artistiques de la nature 1/2

Dans le Frontispice du roman, un des protagonistes est un spécialiste darwinien. S’agirait-il d’Ernst Haeckel, fervent partisan des thèses évolutionnistes et figure controversée?
D’aucuns prêtent à ce savant la paternité de l’écologie. On relève aussi que ses écrits sont empreints de racisme, qu’il fut hélas un pionnier de l’eugénisme et qu' Hitler ne s’y trompa pas, usant des écrits d’Haeckel pour asseoir des allégations prétendument scientifiques...
L’œuvre la plus populaire d’Haeckel , Kunstform der Natur, parue entre 1899 et 1904, n’en demeure pas moins digne d’intérêt. L’ouvrage est d’abord un livre d’images où se côtoient réalité et merveilleux... (EV)

17 novembre 2009

J'ai trois amies, séquence 1




J’ai trois amies
L’une est Bambou et fleur d’Eulalie,
Œil Lotus et gorge cédrat,
Ses cuisses rondes et ses hanches flexibles,
Sont un pur plaisir…
J’ai trois amies…
« T’en souviens-tu ? »
Extrait du livret de Kinda Mubaideen

12 novembre 2009

Les affres du vidéaste

L'acte II se matérialise peu à peu, si l'on peut dire ainsi d'une création numérique. Mais la machine n'est qu'un instrument nécessaire dont on doit tour à tour contrer ou parfaire les automatismes... Tout s'explique ICI.